À l’occasion des Journées du patrimoine 2026, Paris La Défense a proposé, du 18 au 20 septembre, 21 visites guidées gratuites permettant aux plus curieux de découvrir les coulisses du 1er quartier d’affaires européen. Grâce à un programme soigneusement conçu, les visiteurs ont découvert des lieux habituellement inaccessibles et insolites ainsi que des recoins méconnus de ce territoire traversé chaque jour par des milliers de passants. Au programme, un voyage dans le temps aux côtés du Général de Gaulle, incarné par un acteur pour l’occasion, la visite des coulisses des bâtiments les plus iconiques de La Défense ainsi que la découverte de nombreuses œuvres d’art disséminées sur l’esplanade et ses alentours.

 

La Tour Légende : une œuvre architecturale unique à Paris

Les participants ont pu explorer la Tour Légende et revenir sur l’histoire mouvementée de ce projet devenu aujourd’hui une référence du paysage parisien.

Historiquement, la Tour Légende a été un projet sans fin qui a bien failli ne jamais voir le jour. Entre les crises du marché immobilier de bureaux et les revirements politiques, le projet a été annulé et redessiné pendant près de 15 ans. Le chantier a finalement connu son premier coup de pioche en 1999.

 

 

La tour a été conçue par l’agence Pei Cobb Freed & Partners, fondée par Leoh Ming Pei, l’architecte à l’origine de la célèbre Pyramide du Louvre puis rebaptisé en 2022 après la rénovation par BSTLL.

Si la Tour Légende fait aujourd’hui partie du cercle restreint des tours les plus emblématiques de La Défense, c’est notamment grâce à sa forme originale caractérisée par son échancrure à la base, surmontée d’un auvent circulaire en acier. Derrière cette silhouette moderne se cache un véritable coup de génie architectural : l’ouverture pratiquée au pied de la tour a permis de casser le couloir de vent de la dalle de La Défense, offrant ainsi un espace abrité aux passants.

 

 

Plus surprenant encore, de nombreux acteurs historiques du quartier ont continué d’appeler la tour par son nom de code d’origine : PB6, pour Puteaux Bureaux 6. Un héritage de la nomenclature technique utilisée lors de l’aménagement de La Défense, où chaque projet était identifié selon sa commune, sa fonction et sa parcelle.

 

La Tour Alto : quand une contrainte devient une signature architecturale

De plus, la découverte de la Tour Alto a permis aux participants de mieux comprendre les prouesses techniques et architecturales qui se cachent derrière sa silhouette singulière.

Parmi les tours les plus récentes de La Défense, la Tour Alto se distingue immédiatement par sa silhouette singulière. Ses architectes : Bernard LAMY, Sandra de LAMOTTE et Arnaud DOITEAU ont eu une vision contraire à la plupart des gratte-ciels de La Défense. La tour Alto adopte une forme évasée qui lui donne l’apparence d’un vase de verre dressé vers le ciel. Cette particularité n’est pourtant pas qu’un choix esthétique. L’équipe d’architectes a dû composer avec une emprise au sol particulièrement réduite et a imaginé une solution ingénieuse : augmenter progressivement la surface des étages en décalant chaque niveau de quelques centimètres vers l’extérieur. Cette prouesse technique a permis à la tour de gagner en surface tout en conservant un socle compact.

 

 

Derrière sa façade composée de milliers d’écailles de verre se cache également une véritable innovation environnementale destinée à améliorer le confort des occupants et les performances énergétiques du bâtiment en régulant la ventilation et en améliorant l’isolation.

Cette prouesse repose sur un principe de décalage d’environ 12 centimètres entre chaque étage, permettant à la tour de s’élargir progressivement à mesure qu’elle s’élève. Grâce à cette conception, la surface des plateaux passe d’environ 600 m² à la base à près de 1 900 m² dans les niveaux supérieurs, offrant des espaces de travail toujours plus généreux. Sa façade constitue également un exploit technique à part entière : elle est habillée de 3 860 écailles de verre aux dimensions variables, conçues pour épouser parfaitement les courbes du bâtiment et renforcer son identité architecturale unique.

 

 

Son nom ainsi que sa silhouette courbée sont inspirés du vase du designer finlandais Alvar Aalto, figure majeure du modernisme nordique du 20ème siècle.

Livrée en 2020, la Tour Alto illustre parfaitement la nouvelle génération de tours de La Défense, où l’architecture ne se contente plus de construire en hauteur mais cherche également à répondre aux enjeux de durabilité, de qualité de vie et d’intégration urbaine.

 

CNIT : le bâtiment qui a lancé La Défense

Les visiteurs ont également eu l’occasion de découvrir le CNIT sous un angle inédit et de replonger aux origines du premier quartier d’affaires européen.

Remontons quelques années avant que d’immenses tours n’émergent du sol. À cette époque, le futur premier quartier d’affaires européen n’était encore qu’un secteur composite, mêlant pavillons et usines, dont la métamorphose allait s’amorcer autour du CNIT nouvellement dressé. Inauguré en 1958, ce bâtiment a constitué l’acte fondateur de La Défense moderne.

 

 

À son inauguration par le Général De Gaulle le 12 septembre 1958, son immense voûte autoportante en béton de 218 m de portée était considérée comme une prouesse technique reconnue à l’échelle mondiale lui conférant le titre de la plus grande voûte autoportante en béton armé du monde. Elle incarnait alors la modernité et l’ambition architecturale de ce qui allait devenir La Défense.

Les visites organisées à l’occasion des Journées du Patrimoine ont permis d’en découvrir l’histoire sous un angle original, grâce à un parcours immersif accompagné d’un comédien incarnant le Général de Gaulle. Les participants ont ainsi pu replonger dans les années d’après-guerre, lorsque l’État et les grands acteurs économiques imaginaient la ville de demain.

 

Le Monstre de Moretti et les trésors cachés de l’art urbain

Enfin, les Journées du Patrimoine ont également permis aux visiteurs d’accéder exceptionnellement aux coulisses du Monstre de Moretti, œuvre monumentale habituellement méconnue du grand public.

La Défense ne s’est jamais résumée à ses immeubles de bureaux. Le quartier abrite également l’une des plus importantes collections d’art contemporain à ciel ouvert d’Europe, avec plus de 60 œuvres monumentales accessibles librement.

Parmi ses œuvres figure le Monstre de Moretti, une structure aux allures énigmatiques et abstraites lui donnant l’appellation de Monstre. Situé sous le parvis de La Défense les visiteurs ont pu découvrir les espaces techniques et les ateliers de Raymond Moretti dédiés à son entretien et à sa conservation normalement inaccessible au grand public.

 

Crédit : neverends.net

Cette rencontre entre art, architecture et aménagement urbain constitue depuis toujours l’une des spécificités de La Défense. Dès l’origine du projet, les concepteurs du quartier ont souhaité intégrer les œuvres au paysage quotidien des salariés, bien avant que les notions de qualité de vie au travail ou d’expérience utilisateur ne deviennent des standards du secteur immobilier. Les architectes de La Défense avaient ainsi développé une vision avant-gardiste des bureaux de demain, devenus les bureaux d’aujourd’hui. Le 2 juin 2025, soit 20 ans jour pour jour après la disparition de l’artiste, une convention de cession de propriété pour l’œuvre Le Monstre de Raymond Moretti a été signé entre Paris La Défense et Madame Moretti. Ce transfert de propriété a pour objectif de restaurer et de promouvoir l’œuvre.

 

Une autre façon de regarder la ville

Les parcours photographiques et visites insolites proposés à l’occasion de cette édition ont finalement invité les participants à porter un nouveau regard sur un quartier que beaucoup pensaient connaître par cœur.

Derrière chaque façade se sont révélées des décennies d’innovations. Derrière chaque tour se sont dessinées des histoires immobilières complexes faites de paris architecturaux, de transformations et d’adaptations aux nouveaux usages. Derrière chaque œuvre d’art s’est dévoilée une vision urbaine ambitieuse qui continue encore aujourd’hui de façonner l’identité du quartier. Les visiteurs ont pu également en apprendre davantage sur l’histoire de la conception des immeubles grâce à une visite guidée sur les différentes générations de tours et les enjeux post-carbone actuel.

À l’heure où les immeubles de bureaux évoluent pour répondre aux nouvelles attentes des entreprises et des collaborateurs, ces visites ont rappelé une vérité simple : un bâtiment ne se résume jamais à sa surface ou à sa hauteur. Il raconte une histoire, incarne une époque et participe à construire la valeur d’un territoire.

Les participants ont ainsi levé les yeux, regardé sous leurs pieds et redécouvert les nombreux secrets cachés derrière le béton de La Défense.