Jérôme Le Grelle Executive Director Retail de CBRE, ex-président de Convergences-CVL dont CBRE a acquis une majorité du capital s’exprime sur le thème de la mixité urbaine en tant que spécialiste du conseil en matière d’immobilier commercial.

La mixité urbaine, ce nouveau principe organisateur de la ville aspire en théorie à une mixité des fonctions urbaines que sont l’habitat, le tertiaire, les commerces, les équipements, les servies, les loisirs et la culture.
Les concepteurs de la ville s’attachent désormais à une répartition équilibrée des différentes fonctions urbaines intégrant des facteurs sociaux et économiques dans les quartiers dits « multifonctionnels ».

 Comment peux-ton concevoir des projets innovants sur le thème de la mixité ?

J LG : Un projet mixte est un projet collectif d’élaboration de programmes qui se construit avec des partenaires appartenant aux univers différents que sont le commerce, les loisirs, la culture, le tourisme, le tertiaire et le logement. Ces partenaires doivent reconsidérer leur propre mode de pensée selon la formule du « Thinking outside the box ».

Quelle part de réinvention le commerce apporte-t-il dans la conception de ces nouveaux programmes immobiliers mixtes dans la ville ?

J LG : Le commerce est un élément structurant des villes qui a longtemps été exporté en périphérie au détriment des besoins de la ville et de ses habitants. Les tendances du développement des commerces de proximité au cœur de la ville s’accompagne inéluctablement de la dénonciation voire du déclin de l’expansion du commerce périurbain trop longtemps inscrit dans un environnement déconnecté de la cité. La grande distribution alimentaire a elle-même redessinée une nouvelle géographie du commerce en maillant la ville de magasins de proximité qui impose depuis les années 2000, une nouvelle dimension moderne et contemporaine du commerce. Ces développements justifient de façon pertinente cette volonté des acteurs de l’urbanisme commercial d’intégrer les nouveaux concepts de la mixité urbaine. D’ailleurs, les aménageurs et les opérateurs immobiliers intègrent le commerce aux projets urbains depuis une dizaine d’années.

La mixité urbaine est-elle une simple affaire de proximité ?

J LG : Non, il y a d’autres enjeux supérieurs qui relèvent du partage, de la cohabitation et de l’intégration des fonctions des espaces souvent soumis à la pression des enjeux économiques ou environnementaux. On peut citer l’exemple du stationnement mutualisé entre logements la nuit et bureaux le jour soit entre salariés et résidents qui, d’une part permet d’économiser de coûteux espaces de parking et d’autre part de limiter le passage polluant des voitures. De même, les techniques innovantes de gestion d’économie d’énergie se pensent à l’échelle d’un quartier et non plus d’un immeuble. On peut citer l’exemple de Altarea Cogedim qui à partir d’une expertise avérée des centres commerciaux est devenu un acteur et un producteur majeur de quartiers mixtes. Ce positionnement est désormais revendiqué par la plupart des grands promoteurs nationaux. 

Pourquoi parle-t-on d’hybridité ? Comment définiriez-vous ce concept ?

J LG : La tendance de la mixité urbaine donnera naissance dans la prochaine décennie au concept de l’hybridité décliné notamment dans les fonctions des espaces. Les frontières entre habitation, hôtellerie, loisirs et travail s’estomperont. Mutation, réversibilité, flexibilité des espaces s’imposeront comme par exemple les espaces de rencontres dans les immeubles d’habitation. L’innovation portera sur l’hybridation des fonctions adaptées aux évolutions des modes de vie que devront suivre les promoteurs immobiliers à la demande des aménageurs. Une tendance suivie par le commerce qui en intégrant la révolution digitale avec la montée en puissance de l’e-commerce et de l’offre dématérialisée s’oriente vers le service et le conseil. La vocation du « magasin du transactionnel » s’oriente vers ce que les marketeurs des enseignes appellent « l’expérientiel ». Le commerce est désormais davantage associé aux loisirs et à la culture qu’au pur shopping. Il s’agit bien là encore de la mise en place d’un processus d’hybridation.
La mixité urbaine réconcilie les oppositions idéologiques entre urbanisme et commerce. Elle engage les acteurs publics et privés à s’inspirer mutuellement et à partager une vision commune de la ville du futur.


 

Source : La mixité cette idée durable qui met enfin tout le monde d’accord

 

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