Interview de Alexis Boudrand Head of advisory en charge des Expertises et missions de conseil hôtelières chez CBRE Hotels Valuation.

 Pourquoi cette compétition Paris / Londres ?

AB : Ce sont deux capitales qui ont toujours été en concurrence sur le nombre de visiteurs, l’attrait et les équipements touristiques et qui présentent des analogies sur le plan de la segmentation de leur clientèle . Elles possèdent le même profil de marché d’affaires versus loisirs !
Toutes deux possèdent des infrastructures de transports aériens, ferrés, des surfaces d’expositions, des salles de congrès, des pôles d’accueil de manifestations qui leur permettent d’organiser des événements professionnels, des salons. Elles ont toutes deux leur Fashions Week ….
En 2015, ce sont les deux villes qui ont attiré le plus de visiteurs étrangers au monde et cela malgré les risques sécuritaires liés tant aux attentats terroristes qu’aux perturbations liées aux mouvements sociaux.
Ces deux villes sont en constante évolution en termes de construction, d’infrastructures (avec un avantage pour Londres, en chantier quasi perpétuel) qui les a d’ailleurs engagées dans une compétition pour les Jeux Olympiques de 2012 , remportés par la capitale britannique et que nous espérons accueillir dès 2024.

 Quels sont les points à retenir pour chacune des deux capitales ?

AB : Bien que Paris devance Londres dans le top du classement du tourisme d’affaires en terme d’infrastructures de congrès et de nombres d’événements par exemple, Londres est une ville en constante évolution, toujours en construction. Londres est une ville cosmopolite qui possède une communauté internationale importante. Toutefois, Paris rivalise avec la mise en place sur l’initiative du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius des visas de délivrance de 24 heures pour les touristes chinois par exemple.

Auriez-vous tenu le même discours si nous vous avions posé ces questions il y a 10 ans ?

AB : Je pense que Londres était peut être derrière Paris il y a 10 ans, mais a aujourd’hui bien rattrapé son retard notamment grâce aux Jeux Olympique de 2012 ou la dernière coupe du monde de Rugby en 2015. Des événements interplanétaires aux retombées économiques chiffrées sur le long terme.

 Quelles sont les questions que doivent se poser les acteurs du marché de l’hôtellerie à Paris ?

AB : Après une année 2016 perturbée, marquée par un fort risque sécuritaire, les acteurs doivent innover, attirer et fidéliser. Cette innovation s’inscrit également dans une concurrence accrue par l’arrivée de nouveaux entrants tels qu’AirBnB et des modes consommations qui évoluent vers l’ubérisation de l’hôtellerie, avec notamment davantage de digital. Le mot d’ordre est désormais « l’expérience client », et la faible croissance du parc hôtelier français permet l’émergence de nouveaux concepts.
D’autres questions importantes se posent liées à l’adaptation de l’accueil de touristes en provenance de nouvelles destinations, à la volonté de capter la « manne » des touristes chinois ou encore sur le plan sécuritaire, pour assurer un bon séjour en France et pérenniser une image positive de notre pays.
Par ailleurs et pour faire le lien avec notre métier au quotidien, remplir un hôtel et lui assurer un fort niveau d’occupation au meilleur prix est le fruit d’une stratégie qui s’appuie sur le yield management – initié par les compagnies aériennes.
A Paris, il existe par exemple 5 hôtels dits « gros porteurs « qui comptent entre 750 et 1025 chambres. Pour leur assurer un fort niveau de remplissage et répondre à un panel de clientèle très large, il faut à la fois accueillir une clientèle affaires lors de grands congrès Porte Maillot par exemple, mais aussi des groupes touristiques « séries » en périodes plus basses, ou des équipages de compagnies aériennes tout au long de l’année.

Alexis Boudrand

Alexis Boudrand

Head of Advisory cbre hôtel valuation

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